MIEUX COMPRENDRE LES SITUATIONS DE NON-USAGES DES TIC. LE CAS D'INTERNET ET DE L'INFORMATIQUE. Réflexions méthodologiques sur les indicateurs de l'exclusion dite numérique
Improving the understanding of ICT non-use situations. The case of the Internet and computer. Methodological reflections about the so called e-exclusion indicators
On ne peut plus considérer aujourd’hui la « fracture numérique » par une
double approche en termes d’accès à l’ordinateur et à internet – qui nierait la
question des usages et des compétences – et en termes de posséder ou de ne
pas posséder la technologie adéquate. À ce titre, les récents, mais encore rares
travaux, menés sur la question du non-usage mettent en lumière la diversité des
situations et montrent que la description des situations de non-usages ne peut
être basée sur une dichotomie entre usagers/non-usagers.
L’objectif de notre travail est de participer au développement de la
compréhension de cette part de la population qui déclare ne pas utiliser internet
ou est classée par les enquêtes comme non-internaute. Cette compréhension
passe par un travail de définition des notions-clés, un repérage des cadres
théoriques et les outils méthodologiques mobilisables. Mais avant, cela suppose
de poser plusieurs questions. La première est celle de savoir pourquoi est-il
nécessaire d’investiguer plus avant sur la question des non-usages ?
Tout d’abord parce que les non-usagers représentent encore aujourd’hui
40 % de la population française. Ce qui entraîne plusieurs conséquences d’un
point de vue social. D’une part, le non-usage des TIC est considéré à la fois
comme un facteur et comme un résultat d’exclusion et de marginalité. D’autre
part, d’un point de vue philosophique et politique, cela signifie que 40 % de la
population peut être écartée des débats sociétaux que génère la mise en oeuvre
dudit modèle de la société de la connaissance.
Enfin, d’un point de vue scientifique, la question du non-usage ne peut être
résolue par un simple renversement des problématiques liées à l’usage. Ainsi,
même le travail de catégorisation pose problème puisque nous nous trouvons
face à trois démarches : soit les travaux ignorent les non-usagers ou les
réduisent à une non-catégorie, ce qui conduit, d’une certaine manière, à
reconnaître la domination d’une « super catégorie » des usagers sur la
construction et la mise en oeuvre d’un modèle social et sur sa compréhension ;
soit le non-usage devient une catégorie fourre-tout qui conduit à rassembler
dans un tout considéré comme homogène, des situations et des expériences très
hétérogènes ; soit on construit des typologies qui tentent de rendre objectives
des intentions déclarées par les acteurs eux-mêmes à propos de leurs
expériences et de leurs situations personnelles, par le truchement de la vision
des chercheurs. Dès lors, comme le souligne Conein, il convient de s’interroger
non pas seulement sur l’usage et le non-usage mais sur les circonstances sociales
et humaines qui participent à l’émergence de ces catégories (Conein, 2005).
A.BOUTET, J.TREMENBERT
Français
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