L'ACCESSIBILITÉ NUMÉRIQUE. Transformer le risque de renforcement des inégalités numériques en opportunité
Digital accessibility shifting from digital inequalities to new opportunities
Si le terme de « fracture numérique » a le mérite de la concision et de la
métaphore expressive, l’image d’une « fracture numérique » qui diviserait une
société entre les connectés et les non-connectés peine à rendre compte de la
multiplicité des causes d’inégalité d’accès aux ressources numériques et de la
grande variété des manières d’être connecté (DiMaggio et Hargittai 2001 ; Dupuy
2007 ; Granjon, 2003 ; Warschauer, 2002).
Selon que l’on considère les inégalités liées aux réseaux d’infrastructures de
télécommunication déployés sur les territoires, celles liées à l’équipement des
ménages en terminaux de connexion (ordinateurs, modem, téléphones
portables, etc.), et enfin les inégalités d’usages liées aux deux précédentes
dimensions auxquelles s’ajoute la notion de digital literacy, qui désigne le capital
culturel qu’il est nécessaire d’acquérir pour pouvoir utiliser les outils
numériques (Guichard, 2000), de multiples microfissures numériques
apparaissent, donnant à voir la largeur du spectre des inégalités d’accès aux
ressources d’internet.
En effet, les inégalités de desserte des territoires en infrastructures de
télécommunication dessinent une géographie extrêmement complexe selon une
hiérarchisation très fine des niveaux de desserte, du fait de la grande variété des
types d’infrastructures (réseaux de fibre optique, de cuivre, réseaux mobiles
GSM et 3G – « de troisième génération » –, etc.). De même, l’obsolescence
rapide des ordinateurs, mais également des logiciels et systèmes sur lesquels
reposent leurs usages rend extrêmement complexe l’appréhension des inégalités
liées à l’équipement. Enfin, la diversité des usages d’internet renforce la
difficulté d’analyser les inégalités d’accès aux ressources d’internet. De quel côté
de la « fracture numérique » placer la mère de famille marocaine qui
communique par webcam à domicile, depuis la France avec sa famille restée au
pays, mais qui ne sait utiliser ni l’e-mail, ni le web, faute de maîtrise de l’écrit ?
La réflexion que je propose de mener dans cet article s’appuie sur un travail
en cours sur les inégalités d’accès aux ressources d’internet dans les quartiers
défavorisés en France. L’approche privilégiée est un questionnement sur le rôle
de la localisation des ménages pauvres dans l’accessibilité aux ressources
nécessaires pour une pleine insertion sociale, et un positionnement « juste »
dans la société. Après une présentation, dans la première partie de l’article, de
l’état des connaissances sur les inégalités d’accès aux ressources d’internet dans
les quartiers défavorisés en France, la deuxième partie sera consacrée à une
réflexion sur la nécessité de prendre en compte les transformations sociales et
spatiales induites par internet dans le concept d’accessibilité aux ressources.
Dans la troisième et dernière partie, il s’agira d’analyser en quoi les politiques en
faveur de la réduction des inégalités d’accès aux ressources, notamment
numériques, s’inscrivent dans la recherche d’une plus grande justice sociale.
M.BEAUCHAMPS
Français
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