FRACTURE NUMÉRIQUE, LE CHAÎNON MANQUANT. Les services d'e-administration locale dans les communes françaises
Digital divide: the missing link. Local e-administration services in French cities
Le développement de l’économie numérique et l’essor des technologies de
l’information et de la communication (TIC) ont eu des conséquences majeures
sur la dynamique des territoires. Après les utopies qui anticipaient la fin de la
distance (Cairncross, 2001) ou l’émergence d’information ou de marchés parfaits,
la réalité des influences de l’internet s’est rapidement imposée. La diminution
des coûts de transport ou de transaction associée à l’internet a eu un effet
désormais considéré comme « classique » par l’économie géographique,
l’accroissement de la concentration des activités et des disparités socioéconomiques
(Koski et al. 2002 ; Autant-Bernard et al. 2003 ; Lethiais et al., 2003,
Rallet, Rochelandet, 2007). Les écarts entre les “haves” et les “haves not”, les
« inforiches » et les « infopauvres » (Rallet, Rochelandet, 2007), ont été traduits
par autant de fractures, et la réduction de ces fractures a pris une place
grandissante dans les politiques publiques. Pour certains ces efforts ont désormais
porté leurs fruits. Ainsi, grâce à la politique volontariste incarnée par le « Plan
haut débit partout et pour tous », à laquelle est associé l’opérateur historique,
« l’aménagement numérique du territoire est désormais une réalité concrète. La
quasi-totalité (98,3 %) des Français peut bénéficier du haut débit et des services
innovants qu’il permet » (France Telecom, 2008). L’objet de cet article est de
contribuer à ce débat – on le verra toujours en fait d’actualité malgré l’optimisme
de beaucoup – sur la « fracture numérique », tant analytiquement
qu’empiriquement. Le volet empirique de l’article se fonde sur une étude du
développement des technologies de l’information et de la communication dans
les communes françaises de plus de 10 000 habitants. Le niveau local apparaît en
effet comme le niveau pertinent fondamental pour faire avancer le débat,
paradoxalement de plus en plus affirmé avec l’approfondissement du processus
de globalisation et le développement des technologies de l’information et de la
communication.
Comment appréhender la « fracture numérique », et mesurer son évolution ?
Il est souvent précisé qu’il s’agit d’une « notion vague et extensive » (Rallet,
Rochelandet, 2007), « un concept à géométrie variable » (Ullman, 2006). De
nombreuses définitions existent pourtant. Ainsi en 2001, l’Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE), définit la « fracture
numérique » comme « l’écart entre les individus, les foyers, les entreprises, les
espaces géographiques et les différences socio-économiques, concernant leurs
opportunités d’accès aux technologies de l’information et de la communication
et de l’usage d’internet pour l’ensemble de leurs activités. La fracture numérique
reflète ainsi les profondes divergences entre et à l’intérieur des pays ».
A.ATTOUR, C.LONGHI
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